S’engager pour un monde meilleur

S’engager pour un monde meilleur

(préface de Jean Jouzej)

À la demande de France Nature Environnement, j’ai écrit cette France de demain en dix propositions d’actions et de transformations, dix actes concrets, simples, qui sont autant de leviers pour changer le pays en changeant notre rapport à la nature et au temps. Dix propositions pour le citoyen… et dix propositions pour les élus. Cela fait vingt, en fait un peu plus. Dix chapitres, dix thèmes transversaux sur notre place dans la nature, notre rapport à l’énergie, le rôle fondamental des collectivités, la gouvernance de l’eau comme exemple à suivre (en l’améliorant…), l’importance de l’éducation à l’environnement et de la bouffe etc. Dix chapitres rédigés à partir des documents internes de FNE, des discussions avec ses bénévoles et salariés, de mes propres réflexions. Un livre pas facile à rédiger, car il a dû se frayer un chemin entre les nombreux réseaux et membres de la plus grande fédération d’associations de protections de la nature de France. Mais le voilà, il est beau comme une feuille de route à partir de laquelle tous les prétendants à la Présidentielle devrait développer leur vision de l’avenir. S’ils en ont une.

192 pages, essai, préface de Jean Jouzel, Flammarion, sorti le 27 avril 2016. Extrait

J’agis pour ma planète

J’agis pour ma planète

Aux vues de la 21e Conférence sur les changements climatiques qui aura lieu en décembre 2015 en France, Bordas propose un cahier d’activités pour aider vos enfants à comprendre les changements climatiques et leurs conséquences : pollution, problèmes d’eau…. Si les enfants entendent ces notions dans les médias, à l’école, il n’est pas sûr qu’ils les comprennent toujours. Afin de les y aider, des activités (quiz, grille de mots croisés) et expériences à réaliser soi-même, sont proposées tout au long du cahier. Vous retrouverez également des pages de “bons gestes du quotidien” à adopter.

48 pages, 18,7 x 0,8 x 23,7 cm, livre illustré, Hatier, paru le 15 octobre 2015. Extrait

Y’a plus de saisons!

Y’a plus de saisons!

À force d’écrire et de causer, on finit par se lasser de répéter les mêmes choses, surtout quand on voit ses confrères et consœurs, censés faire de la bonne vulgarisation, raconter des conneries, manier les moulins à prière, enfiler des perles et répéter les poncifs. Et puis, à force de les fréquenter, les écolos de salon ont fini par me sortir par les trous de nez. Alors, en accord avec Sainte Charlotte Jacobsen, éditrice miraculeuse de son état, j’ai commis ce charmant petit livre conçu pour être parcouru dans les transports publics et les toilettes privées. Illustré par Roland Garrigue qui, manifestement, s’est bien amusé. Voilà. Vous avez maintenant entre les mains un livre qui fera très bien pour fabriquer des quiz ou tenter d’occuper les enfants dans la voiture. Mô non, la voiture, vous prenez le train !

138 pages, livre illustré, Delachaux & Niestlé, sorti le 21 mai 2015. Extrait

Les colères du temps

Les colères du temps

(préface d’Emmanuel Le Roy Ladurie)

Notre imaginaire (climatique)…

Ou plutôt, sur notre imaginaire collectif forgé par le climat. Et ce, depuis Gilgamesh qui a inspiré les grands récits de catastrophes des religions du Livre. Entre les légendes de cette incarnation de la civilisation néolithique et les blockbusters d’aujourd’hui, il y a une continuité que l’on lit et l’on regarde dans les livres saints, les témoignages de bourgeois, les livres d’Heures, les écrits de curés, les gravures, les enluminures, les ex-voto, la peinture, la poésie, les romans, les livres d’histoire, l’affiche…

Le vent et la tempête ont constamment inspiré les poètes. L’eau qui déborde a de tout temps fait peur, parce que c’est elle qui détruit : on la retrouve en priorité dans les témoignages. Comme l’hiver, le gel, le froid, l’effroi d’une nature figée. Les œuvres et les témoignages nous montrent que chaque catastrophe naturelle, dès lors qu’elle a trop tué, trop détruit, a nécessité une intervention du pouvoir pour canaliser la terreur afin de l’empêcher de détruire l’ordre établi. C’est alors qu’on cherchait une réponse, dans une faute des hommes commise contre Dieu, ou bien dans la présence d’impies. Le pouvoir civil faisait alors organiser des manifestations de dévotion par le pouvoir ecclésiastique, qui se prolongeaient par des rites expiatoires, l’érection de quelques statues et, bien entendu le massacre des habituels boucs émissaires, Juifs, saltimbanques et femmes par trop indépendantes (les sorcières). Les cycles du temps, qui rappelaient ceux des femmes, étaient régulièrement mis sur le compte de celles-ci dès lors qu’ils brisaient un moment l’ordre bien droit des hommes.

… est toujours borné par la Fin du Monde…

Une même eschatologie nous guide aujourd’hui face au changement climatique. La catastrophe est inévitable, alors il nous faut faire des petits gestes de pénitence afin d’attendre plus sereinement la fin de notre monde décadent. C’est notre faute. Ou bien celle des vilains chinois, des entreprises mécréantes, des lobbies impies, des pétroliers impurs (abreuvent nos sillons) et des sorciers climatosceptiques. Toujours l’humaine condition. Que de grandes manifestations de foi, tels que les réunions internationales, les semaines et autres journées du développement durable, ou bien des homélies télévisées et cinématographiques, se font force de modifier par des messages aussi sombres qu’infantilisants. Qu’est-ce qui a vraiment changé depuis mille ans ?

… et l’attitude de l’élite

Car cette eschatologie sans cesse recommencée entraîne les réfractaires dans une course vers une église hérétique, le scientisme forcené (où l’on trouve les apôtres de la géoingéniérie, qui depuis la nuit des temps pratiquent la danse de la pluie), et, chez l’élite, vers le refuge du déni. Ce qui importe est que l’Ordre ne soit pas rompu. Il est toujours aussi masculin et laïc. La Religion, les médias, les ONG ou la Science ne sont que des prestataires d’événementiels. L’histoire de la fin des civilisations démontre sans ambiguïté que les sociétés mortes d’un stress climatiques l’ont été non à cause de celui-ci, mais parce qu’elles n’ont rien changé, ou trop tard, à leurs habitudes. In fine, à leur façon d’exercer leur pouvoir, à extraire et distribuer les richesses. Les civilisations meurent de leur fragilité, laquelle se cache dans leurs inégalités sociales. Les colères du temps ne font que déborder les colères des peuples.

Un voyage littéraire et artistique

Cette continuité historique, parce que culturelle, nous l’avons donc exploré par le texte et l’image. Des chapitres thématiques ou chronologiques, entrecoupés et enrichis de (re) lecture de textes et d’images emblématiques. Le climat se cache partout, il inspire l’humanité depuis toujours. L’iconographie, effectivement assez exceptionnelle comme l’indique la quatrième de couverture, est le fruit du travail de Farid. On peut difficilement trouver meilleur iconographe dans ce pays ! Le choix des textes littéraires est dans l’ensemble de mon fait. Quant à mon inspiration, je l’ai trouvée chez un de mes maîtres, Emmanuel Le Roy Ladurie, l’inventeur de l’histoire du climat.

192 pages, livre illustré, Buchet-Chastel, sorti le 16 octobre 2014. Co-écrit avec Farid Abdelouahab. Préface d’Emmanuel Le Roy Ladurie.

La dictature du carbone

La dictature du carbone

Lire ce texte vous prendra environ deux minutes, soit une quarantaine de grammes de carbone. Ce n’est pas bien. L’imprimer pour le relire serait pire, car alors vous tireriez scandaleusement sur le réseau électrique. Aujourd’hui, le carbone juge notre vie. Nos gestes, nos achats, nos décisions. Son « bilan » est une radiographie très précise d’un système, d’une entreprise, d’un service public, d’un secteur économique, d’un quartier, d’une pomme… de vous. Voir le carbone, c’est observer le fonctionnement de notre société, ce qui s’échange, ce qui est perdu, ce qui arrive, est stocké, repart, ce qui est essentiel et superflu. Tout peut être traduit en carbone, c’est une question de facteurs d’équivalence. Le carbone est roi. Il est le juge suprême. L’évoquer, c’est parler de tout, de tous les problèmes d’environnement, de la société, mais c’est surtout ne rien faire.
Nous voilà donc maintenant avec un indicateur quasiment unique, technique, désincarné, autoritaire, dérangeant, abstrait, partiel. Est-il au moins utile ? Nous permet-il de réduire nos émissions de gaz à effet de serre ? La réponse est non. Le bénéfice des petits gestes est annulé par l’effet rebond qui compense l’efficacité énergétique, le « carbone gris » présent dans les importations (NDLR : autrement dit le carbone émis par la fabrication et le transport des produits étrangers que nous consommons), la tertiarisation de notre économie, la désindustrialisation-délocalisation de notre pays.
Les petits gestes ne servent à rien. Si ce n’est à confirmer l’individu dans la position de clé de voûte du système économique que le capitalisme lui a assigné : ami, tu dois consommer, consommer vert en suivant les étiquettes vertes et, parce qu’on t’a culpabilisé, sauver la planète en réduisant ton budget carbone. Pour les classes populaires dispersées par l’individualisme, c’est encore un peu plus les isoler, dans un monde qui n’est, décidément, qu’un amalgame de comptes. Réduire nos émissions, atteindre des objectifs de réduction, résumer sa vie à des échanges de carbone, voilà une façon qui ne contredit pas vraiment un monde qui cherche sans cesse la performance, la réduction des coûts, l’amélioration des flux, l’efficacité.
Quant à l’action globale, ami consommateur, ne t’inquiète pas, car le Protocole de Kyoto a permis aux États d’abandonner la lutte au marché, forcément efficient. Le marché qui a créé un marché spécifique, entouré de marchés dérivés où l’on peut s’échanger des certificats d’économie d’énergie et des « émissions évitées » dans le cadre des mécanismes de compensation. Deux belles foutaises, car basées sur des scénarios fictifs (avec ou sans la chaudière à condensation par exemple) aussi divers qu’il existe d’officines les proposant, et, en ce qui concerne la compensation, fondée par un absurde fantasme d’ingénieur, la « neutralité carbone ». Mais l’essentiel est que j’ai compensé. Ouf, ma contrition est faite grâce à la magie de la science, dans une société de services où l’individu abandonne ses tâches ingrates à des intermédiaires rémunérés. Changement ?
En réalité, le carbone est aujourd’hui un produit financier, une monnaie. Une ligne comptable permettant d’ajuster un actif et un passif (carbone). Rien d’autre. De flingueur potentiel du système néolibéral, il en est devenu le premier porte-flingue. De la bonne huile pour faciliter les rouages. Le consulter comme une pythie ne fait qu’encourager le laisser-faire, car le temple où on l’a placé est toujours celui du court terme.
Il faut réduire les émissions de carbone de l’élevage à viande ! Ne mangeons plus de viande ? Non, méthanisons les déchets, contrôlons toutes les molécules et évitons la fermentation en donnant des farines animales aux vaches. Dans deux à trois ans, vous constaterez une baisse spectaculaire de l’empreinte carbone… grâce à une technicisation poussée à outrance d’élevages regroupés pour rentabiliser les investissements. Tout le monde sera content, le productivisme sera vert. C’est vrai que manger moins de viandes provenant d’élevages à l’herbe, qui ont le mérite d’entretenir les innombrables fonctions biologiques et hydrologiques des prairies, ne s’observera sur le bilan en carbone qu’au bout de vingt ans. Un temps qui ne s’inscrit pas dans notre système de valeurs.
Le carbone est devenu un alibi. Il est temps de le faire tomber de son si commode piédestal en l’obligeant à cohabiter avec d’autres indicateurs, écologiques et sociaux, dans un tableau de bord à l’élaboration duquel le peuple, par des conférences de consensus, doit participer. Un indicateur finit toujours par contraindre la réalité. Le PIB, comme le carbone. Que le peuple le reprenne en main, qu’il ne le laisse pas aux seuls « experts », pour en faire une arme contre le système économique. C’est le moment ! Une crise existentielle est un moment idéal pour briser des symboles, pour faire basculer d’un coup un système de croyances et de valeurs.
Contrairement à ce que nous dit le Principe de précaution, ce n’est pas parce que nous ne savons pas que nous n’agissons pas. C’est au contraire parce que nous savons quoi faire que nous ne faisons pas, parce que nous savons ce qu’il nous en coûterait : l’écroulement de notre système de croyances et de valeurs. Pour vivre avec cette contradiction, nous avons planté un totem, le carbone, dont nous n’écoutons que ce qui nous arrange. Écoutons-le une fois. Il nous dit que les piliers de notre monde sont la bagnole, l’hypermarché, l’achat compulsif, les trajets inutiles. Que le politique, conduit par nous, malmène ces symboles, et tout s’écroulera.

300 pages, essai, Fayard, sorti le 28 septembre 2011.