S’engager pour un monde meilleur

S’engager pour un monde meilleur

(préface de Jean Jouzej)

À la demande de France Nature Environnement, j’ai écrit cette France de demain en dix propositions d’actions et de transformations, dix actes concrets, simples, qui sont autant de leviers pour changer le pays en changeant notre rapport à la nature et au temps. Dix propositions pour le citoyen… et dix propositions pour les élus. Cela fait vingt, en fait un peu plus. Dix chapitres, dix thèmes transversaux sur notre place dans la nature, notre rapport à l’énergie, le rôle fondamental des collectivités, la gouvernance de l’eau comme exemple à suivre (en l’améliorant…), l’importance de l’éducation à l’environnement et de la bouffe etc. Dix chapitres rédigés à partir des documents internes de FNE, des discussions avec ses bénévoles et salariés, de mes propres réflexions. Un livre pas facile à rédiger, car il a dû se frayer un chemin entre les nombreux réseaux et membres de la plus grande fédération d’associations de protections de la nature de France. Mais le voilà, il est beau comme une feuille de route à partir de laquelle tous les prétendants à la Présidentielle devrait développer leur vision de l’avenir. S’ils en ont une.

192 pages, essai, préface de Jean Jouzel, Flammarion, sorti le 27 avril 2016. Extrait

Cessons de ruiner notre sol !

Cessons de ruiner notre sol !

L’équivalent d’un studio : voici la surface de terres fertiles dont la France est amputée chaque seconde, sous la pression du macadam, des zones pavillonnaires et des hypermarchés dont notre pays est champion. Comment une telle situation est-elle possible, alors que nous peinons déjà à nourrir une population mondiale en pleine explosion ?
C’est pour le savoir que Frédéric Denhez a mené cette enquête corrosive, sillonnant le territoire, sondant les agriculteurs « conventionnels » ou convertis au bio, les maires, les chercheurs, etc. Et ce qu’il a découvert glace le sang : non content de se raréfier, le sol ne parvient plus à assurer les services qui le rendent inestimable. Nivelé, démembré, laissé à nu, labouré en profondeur, soumis à d’inquiétants polluants et à la spéculation… la dégradation de ce bien commun millénaire, garant de notre alimentation et de nos paysages, appelle à une profonde révolution des mentalités.
Empêcheur de penser en rond, l’auteur propose une série de solutions à adopter d’urgence, tout en revenant sur bon nombre d’idées reçues comme l’intérêt du tout bio, les bienfaits du « zéro carbone », etc. Un livre choc, au confluent des maux qui affligent notre société.

212 pages, enquête, Flammarion, sorti le 1er octobre 2014. Extrait

OGM le vrai du faux

OGM le vrai du faux

J’ai essayé d’être bêtement objectif. Que vous dire d’autre ? Si : lisez la critique parue dans le Monde… à l’époque.
« « L’affaire » Séralini est en tous points désespérante. Que la publication du chercheur soit entachée d’erreurs méthodologiques (nombre de rats trop faible, souche de rats inadéquate, mauvais protocole statistique, interprétation hasardeuse des résultats, pas d’analyse des mycotoxines, dévastatrices chez le rat et habituelles dans le maïs, ni du bispéhnol A et des autres perturbateurs endocriniens émis par les cages en polycarbonate sont les critiques les plus fréquentes) n’est pas le problème : tout travail scientifique est critiquable, c’est ainsi que la science avance. Et puis, on peut reprocher aux tests toxicologiques de Monsanto les mêmes faiblesses.
Le premier hic est la façon dont le travail de M. Séralini a été publié. Avant même d’être lu par ses pairs et les journalistes spécialisés, il a fait l’objet d’une couverture et de longs développements dans un magazine grand public, sans contradiction ni remise en cause. Cette étrangeté déontologique, plus le fait d’avoir mis en exergue les photos de rats gravement cancérisés, à propos desquels on peut se demander pourquoi on les a laissés souffrir à ce point avant de les euthanasier, tout cela laisse penser que le but recherché était de marquer l’opinion par l’émotion. Ce qui a eu pour effet de rendre quasi inaudible les critiques faites sur le travail de M. Séralini.
L’autre problème est d’ordre journalistique. Comment des professionnels ont-ils pu accepter d’écrire sur un travail scientifique sans l’avoir lu, parce qu’ils n’en avaient pas le droit, parce que Séralini avait «dealé» ses résultats avec un seul magazine ? Comment les membres de la rédaction dudit magazine ont-ils pu, de fait, s’interdire d’enquêter car on ne critique pas une exclusivité ? Comment on-ils pu étendre à l’ensemble des OGM une publication qui ne concerne qu’une plante génétiquement modifiée (PGM) et un seul transgène ? Cette affaire n’a pas redoré le blason des journalistes. Ni celui de la science, qui, vis-à-vis de l’opinion, a tout l’air d’avoir été, en la personne de M. Séralini, instrumentalisée pour asseoir une opinion. Les critiques se sont fait accuser, en gros, d’être tous pourris, quand ceux-là accusaient le médiatique Séralini de ne pas savoir faire de science. Qui croire ? Personne, si même la science, se donnant en spectacle comme n’importe quelle autre institution, se révèle aussi peu sérieuse et honnête que la presse et la politique, à une époque où les Français, sondages après sondages, avouent ne plus avoir confiance en leurs institutions.
L’image qu’ont donnée les politiques dans cette affaire ne peut que renforcer les Français dans cette défiance. La France qui a mis des années à réagir aux drames de l’amiante ou du sang contaminé a réagi, quelques heures après la sortie en kiosque du Nouvel Obs, en demandant à l’Europe de surseoir à toute demande d’autorisation des OGM. La politique est sensée être l’art de prendre son temps pour bien mesurer les conséquences des décisions qui engagent la société vers son avenir. Elle a montré à cette occasion qu’elle s’agitait dans l’urgence. Ce n’est pas rassurant. Tout comme le constat désolant que, décidément, sur le dossier des OGM comme sur celui du nucléaire, des gaz de schiste ou des nanotechnologies, le débat est impossible : les critiques émises sur le travail de M. Séralini ont été immédiatement qualifiées de parti pris pro-OGM, en particulier par des politiques très tôt montés à la barricade (en particulier Dominique Voynet, Nathalie Kosciusko-Morizet, Corinne Lepage, Chantal Jouannot, François Grodsdidier), de même que les défenseurs de M. Séralini ont été rangés par les médias dans les rangs des anti-OGM. Pro- ou anti- OGM, il n’y a pas de place en France pour des opinions intermédiaires, nourries par les faits, juste les faits.
À tous ces titres – scientifique, déontologique, journalistique, politique –, l’affaire Séralini est un désastre qui a fait oublier le sujet principal : les OGM sont-ils dangereux ou non pour la santé humaine ? C’était sans doute le but recherché. Tant qu’on n’avance pas dans un sens ou un autre, le « combat » continue et justifie l’existence de la comédie humaine qui le mène. Au moins aura-t-on pu découvrir qu’en France, il n’existe pas d’indépendance parfaite de l’expertise parce que l’État n’en a pas – n’en a plus – les moyens financiers.
À l’heure où nous relisons ces épreuves, Corinne Lepage et Gilles-Éric Séralini ont porté plainte contre le journaliste de Marianne, Jean-Claude Jaillette, parce que ce dernier a rapporté dans un de ses papiers, très critiques contre la publication de M. Séralini, les propos d’un scientifique américain la qualifiant de «fraude». En France, les climatosceptiques nous avaient habitués à vouloir débattre du réchauffement climatique en public. Il faut croire qu’il s’agit maintenant de considérer la controverse scientifique comme une opinion qui pleut se plaider. Un désastre, décidément, que cette affaire. »

156 pages, document, Delachaux & Niestlé, sorti le 21 mars 2013.