enquêtes, essais

Alimentation : Stop à la désinformation !

Alimentation : Stop à la désinformation !

Il est sorti le 19 juin, et je n’en savais rien. Normal, le communiqué de presse, que voici, vient de me parvenir. Après la sortie, donc. Allez comprendre… Bref, c’est un livre sec, vif, un petit coup de gueule sur la bouffe, en France, aujourd’hui. Le bio, le “sans”, la bidoche, le commerce et la réalité sociale : comment on mange quand on n’a pas un rond ? Réponses en 96 pages.

96 pages, essai, Rustica, sorti le 19 juin 2020.

La cause végane

La cause végane

J’ai beaucoup d’amitié et de respect pour L214 et notamment Sébastien Arsac, son cofondateur. L’association a courageusement mis ses caméras là où ça fait mal, obligeant le monde agricole et le consommateur à s’interroger sur notre rapport à la nourriture. L214 a fait avancer les choses. Cela ne m’a toutefois jamais empêché de m’étonner que le mouvement n’ait jamais proposé qu’une seule chose : il y a des élevages dégueulasses et des abattoirs immondes ? Arrêtons l’élevage ! Le but est d’ailleurs habilement écrit dans la tribune publiée ces jours-ci par Le Monde, qui vient en soutien d’un livre publié il y a deux jours par l’association. Tribune que Sébastien m’avait d’ailleurs demandé de cosigner, ce que j’ai refusé pour une raison simple : le titre laisse accroire qu’on ne veut que l’interdiction des pires élevages, alors que le texte ne propose que… l’abolition de l’élevage. En jouant sur les mots. Qu’est-ce par exemple qu’une « consommation essentiellement végétale ? » En grande partie végétale, ou par essence végétale ?

240 pages, enquête, Buchet-Chastel, sorti le 3 octobre 2019.

Acheter bio. À qui faire confiance ?

Acheter bio. À qui faire confiance ?

Il ne parle pas que du bio ! C’est un livre sur le système alimentaire, tellement opaque, angoissant, malhonnête, mystérieux, que chacun de nous se dit en définitive… « et pourquoi pas acheter bio ? En lui au moins on peut avoir confiance ! » Certes, mais le bio ne peut pas tout.
Pourquoi une telle défiance envers la bouffe, en France ?
Comment retrouver confiance ?
Pour y voir clair, allumer la lumière dans cette profonde boîte noire qu’est l’alimentation, je suis parti d’un double constat : cela fait quarante ans que nous avons abandonné à d’autres, à la Sainte-Trinité agriculture intensive-industrie agroalimentaire-grande distribution, la composition de ce que nous mangeons ;
cela fait quarante ans que l’alimentation a été réduite à des nutriments et des messages médicaux.
Où est le plaisir ? Où est la sociabilité de l’acte de manger ? Et nous, alors !?
J’ai exploré le monde des GMS, celui de l’industrie alimentaire et cosmétique, le bio – bien entendu, les circuits courts et les magasins de producteurs, les régimes « sans », le véganisme, mais aussi les associations d’aide alimentaire, les labels et les app., le monde agricole qui s’adapte et les scientifiques (toubibs, anthropologues, préhistoriens, psys, agronomes…) qui savent remettre l’alimentation dans son contexte, les discours, enfin.
Je dénonce, j’ironise, je tape parfois très fort, mais je dis aussi ce qui se passe de bien (même dans la grande distribution), parfois là où ne s’y attend pas.
J’ai enquêté partout en France, pendant plus d’un an.

256 pages, enquête, Albin-Michel, sorti le 6 février 2019.

Territoire, Entreprises, Environnement

Territoire, Entreprises, Environnement

A la demande des CPIE des Pays-de-la-Loire et de la région du même nom, j’ai parcouru la Vendée et les Mauges avec mon micro et mon appareil photo pour interroger des patrons. Car les CPIE voulaient savoir quelle vision les entreprises ont de la nature, des questions d’environnement. J’ai donc interviewé des patrons sur leur histoire, celle de leur entreprise, sur leurs employés, leurs clients, leurs fournisseurs… sur la façon qu’elles ont de s’inscrire dans leur territoire. Comment elles dessinent le paysage qui les entourent. Petites et grandes, la plupart soufflent un air du temps qui n’était pas vert au départ, mais qui l’est devenu, parce qu’elles revendiquent un enracinement profond en Vendée et dans les Mauges. Une très belle expérience humaine et journalistique qui se prolonge en ce moment par des tournages de films, et la rédaction d’un tome 2, consacré au pays de Guérande.

86 pages, enquête, texte et photos, CPIE Sèvre et Bocage, sorti le 18 octobre 2018.

Le sol, enquête sur un bien en péril

Le sol, enquête sur un bien en péril

Cessons de ruiner notre sol a fait date, alors les éditions Flammarion lui offrent une seconde vie avec une seconde édition en poche. Texte actualisé, entièrement revu, au final, les choses ont quand même bien avancé…

236 pages, enquête, Flammarion, sorti le 10 octobre 2018.

Le bio, au risque de se perdre

Le bio, au risque de se perdre

Après l’Assiette est dans le Pré, je continue ma petite exploration de la bouffe. De ce qu’elle nous dit de la société. De sa force de persuasion politique. Manger, c’est voter, comme ne cesse de le revendiquer mon préfacier, Périco Legasse. C’est peut-être voter plus efficacement que de laisser tomber un bulletin dans une urne ! Manger est un acte social, car manger correctement, c’est demander à l’agriculture de travailler correctement. C’est lui donner plus d’argent, donc plus de forces face au gang à chemisette-rayures-cravate de la Grande distribution. Mais manger mieux, à tous les sens du terme, est-ce forcément manger bio ? Non ! Car le Bio est la cerise que l’on va chercher après qu’on a su se reconstituer le bon gâteau d’une hygiène de vie et d’une culture alimentaire riche et diversifiée. À quoi bon manger bio si c’est des plats tout préparés livrés par messagerie ou des tomates en hiver cueillies en Espagne par des semi-esclaves marocains ? À quoi bon manger bio si c’est pour donner des sous à Leclerc et, bientôt, Amazon ? Le bio est un humanisme, une philosophie naturaliste qui s’oppose au système agroalimentaire tel qu’il est aujourd’hui, et au fascisme naissant qu’est le véganisme. Mais le bio est fragile, travaillé qu’il est par des contradictions internes et les formidables pressions de l’industrie et de la Grande disitrbution qui, toujours, essaient de phagocyter ce qui les menace. La crise de croissance est bien là. Elle peut ouvrir l’avenir sur un nouvel équilibre, une ligne d’horizon attirante pour ces 20% d’agriculteurs qui sont déjà en train de changer de modèle ; ou être l’idiot utile du processus d’élimination de l’agriculture humaine et paysagère, au profit d’une moléculture hygiéniste, tracée, propre à destination de purs esprits urbains effrayés par le sang, le sol, les épluchures, le gras et la mort. Attention, danger…

128 pages, enquête, Buchet-Chastel, sorti le 15 février 2018. Extrait

S’engager pour un monde meilleur

S’engager pour un monde meilleur

(préface de Jean Jouzej)

À la demande de France Nature Environnement, j’ai écrit cette France de demain en dix propositions d’actions et de transformations, dix actes concrets, simples, qui sont autant de leviers pour changer le pays en changeant notre rapport à la nature et au temps. Dix propositions pour le citoyen… et dix propositions pour les élus. Cela fait vingt, en fait un peu plus. Dix chapitres, dix thèmes transversaux sur notre place dans la nature, notre rapport à l’énergie, le rôle fondamental des collectivités, la gouvernance de l’eau comme exemple à suivre (en l’améliorant…), l’importance de l’éducation à l’environnement et de la bouffe etc. Dix chapitres rédigés à partir des documents internes de FNE, des discussions avec ses bénévoles et salariés, de mes propres réflexions. Un livre pas facile à rédiger, car il a dû se frayer un chemin entre les nombreux réseaux et membres de la plus grande fédération d’associations de protections de la nature de France. Mais le voilà, il est beau comme une feuille de route à partir de laquelle tous les prétendants à la Présidentielle devrait développer leur vision de l’avenir. S’ils en ont une.

192 pages, essai, préface de Jean Jouzel, Flammarion, sorti le 27 avril 2016. Extrait

Une promesse de nature

Une promesse de nature

La vie d’un homme qui se confond avec celle des zoos et de l’évolution de la façon que la société a de voir la biodiversité : celle de Pierre Gay, héritier et père de ce qui était un trou peuplé d’animaux devenu un des plus beaux parcs zoologiques du monde. À Doué-la-Fontaine, la famille Gay, confondant sans toujours le savoir l’histoire de sa passion avec celle de ses ancêtres, a créé un petit chef-d’œuvre de pédagogie. Un havre entre nature et nature, entre l’homme et la nature, entre présent et futur, entre ici et là-bas. Entre l’histoire personnelle et l’histoire, une sorte de psychogénéalogie par l’amour de la nature. Un homme qui me dit “moi, ce qui me plaît ici, c’est pas de faire bonjour kiki à mes animaux le matin, c’est de les voir comme les représentants d’espèces qu’on est en train de sauver, elles et leurs habitats, avec les hommes, là-bas, qui vivent avec”, c’est un homme de qualité; Dont j’ai fait la bio, en nègre officiel.

190 pages, biographie, témoignage, Delachaux & Niestlé, sorti le 24 mars 2016.

Les colères du temps

Les colères du temps

(préface d’Emmanuel Le Roy Ladurie)

Notre imaginaire (climatique)…

Ou plutôt, sur notre imaginaire collectif forgé par le climat. Et ce, depuis Gilgamesh qui a inspiré les grands récits de catastrophes des religions du Livre. Entre les légendes de cette incarnation de la civilisation néolithique et les blockbusters d’aujourd’hui, il y a une continuité que l’on lit et l’on regarde dans les livres saints, les témoignages de bourgeois, les livres d’Heures, les écrits de curés, les gravures, les enluminures, les ex-voto, la peinture, la poésie, les romans, les livres d’histoire, l’affiche…

Le vent et la tempête ont constamment inspiré les poètes. L’eau qui déborde a de tout temps fait peur, parce que c’est elle qui détruit : on la retrouve en priorité dans les témoignages. Comme l’hiver, le gel, le froid, l’effroi d’une nature figée. Les œuvres et les témoignages nous montrent que chaque catastrophe naturelle, dès lors qu’elle a trop tué, trop détruit, a nécessité une intervention du pouvoir pour canaliser la terreur afin de l’empêcher de détruire l’ordre établi. C’est alors qu’on cherchait une réponse, dans une faute des hommes commise contre Dieu, ou bien dans la présence d’impies. Le pouvoir civil faisait alors organiser des manifestations de dévotion par le pouvoir ecclésiastique, qui se prolongeaient par des rites expiatoires, l’érection de quelques statues et, bien entendu le massacre des habituels boucs émissaires, Juifs, saltimbanques et femmes par trop indépendantes (les sorcières). Les cycles du temps, qui rappelaient ceux des femmes, étaient régulièrement mis sur le compte de celles-ci dès lors qu’ils brisaient un moment l’ordre bien droit des hommes.

… est toujours borné par la Fin du Monde…

Une même eschatologie nous guide aujourd’hui face au changement climatique. La catastrophe est inévitable, alors il nous faut faire des petits gestes de pénitence afin d’attendre plus sereinement la fin de notre monde décadent. C’est notre faute. Ou bien celle des vilains chinois, des entreprises mécréantes, des lobbies impies, des pétroliers impurs (abreuvent nos sillons) et des sorciers climatosceptiques. Toujours l’humaine condition. Que de grandes manifestations de foi, tels que les réunions internationales, les semaines et autres journées du développement durable, ou bien des homélies télévisées et cinématographiques, se font force de modifier par des messages aussi sombres qu’infantilisants. Qu’est-ce qui a vraiment changé depuis mille ans ?

… et l’attitude de l’élite

Car cette eschatologie sans cesse recommencée entraîne les réfractaires dans une course vers une église hérétique, le scientisme forcené (où l’on trouve les apôtres de la géoingéniérie, qui depuis la nuit des temps pratiquent la danse de la pluie), et, chez l’élite, vers le refuge du déni. Ce qui importe est que l’Ordre ne soit pas rompu. Il est toujours aussi masculin et laïc. La Religion, les médias, les ONG ou la Science ne sont que des prestataires d’événementiels. L’histoire de la fin des civilisations démontre sans ambiguïté que les sociétés mortes d’un stress climatiques l’ont été non à cause de celui-ci, mais parce qu’elles n’ont rien changé, ou trop tard, à leurs habitudes. In fine, à leur façon d’exercer leur pouvoir, à extraire et distribuer les richesses. Les civilisations meurent de leur fragilité, laquelle se cache dans leurs inégalités sociales. Les colères du temps ne font que déborder les colères des peuples.

Un voyage littéraire et artistique

Cette continuité historique, parce que culturelle, nous l’avons donc exploré par le texte et l’image. Des chapitres thématiques ou chronologiques, entrecoupés et enrichis de (re) lecture de textes et d’images emblématiques. Le climat se cache partout, il inspire l’humanité depuis toujours. L’iconographie, effectivement assez exceptionnelle comme l’indique la quatrième de couverture, est le fruit du travail de Farid. On peut difficilement trouver meilleur iconographe dans ce pays ! Le choix des textes littéraires est dans l’ensemble de mon fait. Quant à mon inspiration, je l’ai trouvée chez un de mes maîtres, Emmanuel Le Roy Ladurie, l’inventeur de l’histoire du climat.

192 pages, livre illustré, Buchet-Chastel, sorti le 16 octobre 2014. Co-écrit avec Farid Abdelouahab. Préface d’Emmanuel Le Roy Ladurie.

Cessons de ruiner notre sol !

Cessons de ruiner notre sol !

L’équivalent d’un studio : voici la surface de terres fertiles dont la France est amputée chaque seconde, sous la pression du macadam, des zones pavillonnaires et des hypermarchés dont notre pays est champion. Comment une telle situation est-elle possible, alors que nous peinons déjà à nourrir une population mondiale en pleine explosion ?
C’est pour le savoir que Frédéric Denhez a mené cette enquête corrosive, sillonnant le territoire, sondant les agriculteurs « conventionnels » ou convertis au bio, les maires, les chercheurs, etc. Et ce qu’il a découvert glace le sang : non content de se raréfier, le sol ne parvient plus à assurer les services qui le rendent inestimable. Nivelé, démembré, laissé à nu, labouré en profondeur, soumis à d’inquiétants polluants et à la spéculation… la dégradation de ce bien commun millénaire, garant de notre alimentation et de nos paysages, appelle à une profonde révolution des mentalités.
Empêcheur de penser en rond, l’auteur propose une série de solutions à adopter d’urgence, tout en revenant sur bon nombre d’idées reçues comme l’intérêt du tout bio, les bienfaits du « zéro carbone », etc. Un livre choc, au confluent des maux qui affligent notre société.

212 pages, enquête, Flammarion, sorti le 1er octobre 2014. Extrait

La fin du tout-voiture

La fin du tout-voiture

L’auto n’est plus tout à fait un rêve, un totem social. Elle est un mal nécessaire. Les élus en ont marre, les automobilistes paient trop, les villes s’étouffent, les jeunes s’en préoccupent moins que de leurs smartphones, le diesel pollue, les modèles sont trop chers et moche. Peugeot s’effondre. Voilà des signes qui montrent que le symbole même de notre civilisation est en train de vaciller. Tant mieux ! Mais ce vacillement ne va-t-il pas en entraîner d’autres ? Par quoi pourra-t-on remplacer le tout-voiture ? Pas par le tout électrique, c’est certain

224 pages, essai, Actes-Sud, sorti le 13 septembre 2013.

Les nouvelles pollutions invisibles

Les nouvelles pollutions invisibles

Finalement, ce livre a eu du succès. Seconde édition. Et près de six ans après, beaucoup de choses ont changé. La réglementation s’est accrue, les polluants ont changé de taille et de nature. Aujourd’hui, ils sont plus difficiles qu’avant. Moins toxiques, mais mieux cachés. Avec des effets qui ne sont pas que le cancer. Obésité ? Retard cognitif ? Maladies neurodégénératives ? Allergénicité ? Peut-être. Ce qui est sûr par contre est que la contamination se fait à la maison et au bureau. Pas sous la cheminée des incinérateurs…
Je voulais absolument démontrer que les marées noires ce n’est rien à côté de la contamination des mers par les pesticides. Qu’on arrête de nous em… avec les galettes de pétrole. Olivier Canaveso me commanda un manuscrit, qu’il tenta de refiler à Balland. Il échut finalement, très remodelé (grâce à Charlotte Jacobsen), chez Philippe Dubois. Depuis, près de 4000 exemplaires, mais surtout un intérêt étonnant dans les associations, les salons du livre, les écoles. Un succès d’estime dont mon ego n’est pas peu fier, qui souligne la peur parfois millénariste pour ces saletés dont on ne pourra jamais vraiment se débarrasser. Là encore, nombreux passages radios et télés.

350 pages, enquête, Delachaux & Niestlé, le 26 août 2005, réimprimé, puis réédité le 27 octobre 2011. Extrait

La dictature du carbone

La dictature du carbone

Lire ce texte vous prendra environ deux minutes, soit une quarantaine de grammes de carbone. Ce n’est pas bien. L’imprimer pour le relire serait pire, car alors vous tireriez scandaleusement sur le réseau électrique. Aujourd’hui, le carbone juge notre vie. Nos gestes, nos achats, nos décisions. Son « bilan » est une radiographie très précise d’un système, d’une entreprise, d’un service public, d’un secteur économique, d’un quartier, d’une pomme… de vous. Voir le carbone, c’est observer le fonctionnement de notre société, ce qui s’échange, ce qui est perdu, ce qui arrive, est stocké, repart, ce qui est essentiel et superflu. Tout peut être traduit en carbone, c’est une question de facteurs d’équivalence. Le carbone est roi. Il est le juge suprême. L’évoquer, c’est parler de tout, de tous les problèmes d’environnement, de la société, mais c’est surtout ne rien faire.
Nous voilà donc maintenant avec un indicateur quasiment unique, technique, désincarné, autoritaire, dérangeant, abstrait, partiel. Est-il au moins utile ? Nous permet-il de réduire nos émissions de gaz à effet de serre ? La réponse est non. Le bénéfice des petits gestes est annulé par l’effet rebond qui compense l’efficacité énergétique, le « carbone gris » présent dans les importations (NDLR : autrement dit le carbone émis par la fabrication et le transport des produits étrangers que nous consommons), la tertiarisation de notre économie, la désindustrialisation-délocalisation de notre pays.
Les petits gestes ne servent à rien. Si ce n’est à confirmer l’individu dans la position de clé de voûte du système économique que le capitalisme lui a assigné : ami, tu dois consommer, consommer vert en suivant les étiquettes vertes et, parce qu’on t’a culpabilisé, sauver la planète en réduisant ton budget carbone. Pour les classes populaires dispersées par l’individualisme, c’est encore un peu plus les isoler, dans un monde qui n’est, décidément, qu’un amalgame de comptes. Réduire nos émissions, atteindre des objectifs de réduction, résumer sa vie à des échanges de carbone, voilà une façon qui ne contredit pas vraiment un monde qui cherche sans cesse la performance, la réduction des coûts, l’amélioration des flux, l’efficacité.
Quant à l’action globale, ami consommateur, ne t’inquiète pas, car le Protocole de Kyoto a permis aux États d’abandonner la lutte au marché, forcément efficient. Le marché qui a créé un marché spécifique, entouré de marchés dérivés où l’on peut s’échanger des certificats d’économie d’énergie et des « émissions évitées » dans le cadre des mécanismes de compensation. Deux belles foutaises, car basées sur des scénarios fictifs (avec ou sans la chaudière à condensation par exemple) aussi divers qu’il existe d’officines les proposant, et, en ce qui concerne la compensation, fondée par un absurde fantasme d’ingénieur, la « neutralité carbone ». Mais l’essentiel est que j’ai compensé. Ouf, ma contrition est faite grâce à la magie de la science, dans une société de services où l’individu abandonne ses tâches ingrates à des intermédiaires rémunérés. Changement ?
En réalité, le carbone est aujourd’hui un produit financier, une monnaie. Une ligne comptable permettant d’ajuster un actif et un passif (carbone). Rien d’autre. De flingueur potentiel du système néolibéral, il en est devenu le premier porte-flingue. De la bonne huile pour faciliter les rouages. Le consulter comme une pythie ne fait qu’encourager le laisser-faire, car le temple où on l’a placé est toujours celui du court terme.
Il faut réduire les émissions de carbone de l’élevage à viande ! Ne mangeons plus de viande ? Non, méthanisons les déchets, contrôlons toutes les molécules et évitons la fermentation en donnant des farines animales aux vaches. Dans deux à trois ans, vous constaterez une baisse spectaculaire de l’empreinte carbone… grâce à une technicisation poussée à outrance d’élevages regroupés pour rentabiliser les investissements. Tout le monde sera content, le productivisme sera vert. C’est vrai que manger moins de viandes provenant d’élevages à l’herbe, qui ont le mérite d’entretenir les innombrables fonctions biologiques et hydrologiques des prairies, ne s’observera sur le bilan en carbone qu’au bout de vingt ans. Un temps qui ne s’inscrit pas dans notre système de valeurs.
Le carbone est devenu un alibi. Il est temps de le faire tomber de son si commode piédestal en l’obligeant à cohabiter avec d’autres indicateurs, écologiques et sociaux, dans un tableau de bord à l’élaboration duquel le peuple, par des conférences de consensus, doit participer. Un indicateur finit toujours par contraindre la réalité. Le PIB, comme le carbone. Que le peuple le reprenne en main, qu’il ne le laisse pas aux seuls « experts », pour en faire une arme contre le système économique. C’est le moment ! Une crise existentielle est un moment idéal pour briser des symboles, pour faire basculer d’un coup un système de croyances et de valeurs.
Contrairement à ce que nous dit le Principe de précaution, ce n’est pas parce que nous ne savons pas que nous n’agissons pas. C’est au contraire parce que nous savons quoi faire que nous ne faisons pas, parce que nous savons ce qu’il nous en coûterait : l’écroulement de notre système de croyances et de valeurs. Pour vivre avec cette contradiction, nous avons planté un totem, le carbone, dont nous n’écoutons que ce qui nous arrange. Écoutons-le une fois. Il nous dit que les piliers de notre monde sont la bagnole, l’hypermarché, l’achat compulsif, les trajets inutiles. Que le politique, conduit par nous, malmène ces symboles, et tout s’écroulera.

300 pages, essai, Fayard, sorti le 28 septembre 2011.

La fabrique de nos peurs

La fabrique de nos peurs

J’en ai marre, ras-le-bol, des faiseurs de peur et de leurs pendants, les négateurs des peurs. Oui, notre société crée de nouveaux dangers. Oui nous avons des raisons d’avoir peur. Mais l’expression de ces peurs est sans commune mesure avec leurs objets. Sur ce terreau se développent les bonimenteurs, les charlatans, les profiteurs. D’un côté les pessimistes, catastrophistes, parce que nous le valons bien, de l’autre les scientistes, idolâtres de la science. Entre les deux, le citoyen est perdu. Dans notre société déréalisée, déshumanisée, individualiste, il préfère grossir sa peur car la peur est une façon d’être ensemble, et de gouverner. Notre civilisation touche à sa fin, sans qu’on n’en voie le bout. Les objets de nos peurs sont invisibles. Alors nous les grossissons, et nous les verbalisons en les rattachant au grand récit que nous avons tous en tête, celui de la création qui, forcément, doit aboutir à un récit de l’apocalypse. Nous sommes tétanisés, alors que la peur est un sentiment positif, une mise en branle du corps et de l’esprit qui devrait augmenter nos sens et nos capacités pour nous aider à réfléchir ensemble notre avenir…

290 pages, essai, François Bourin éditeur, sorti en mai 2010.

Quelle France en 2030 ?

Quelle France en 2030 ?

Je n’ai fait ni mon Attali, ni mon de Rosnay, ni mon expert, je me suis contenté de réfléchir au pourquoi du comment on en est là et de me renseigner sur les contraintes qu’exercera le dérèglement climatique. Ceci fait, les choses qui devront changer parce qu’elles ne seront plus adaptées apparaissent d’elles-mêmes. Le travail consiste alors à imaginer deux scénarios opposés, extrêmes : le “on ne change rien”, et le “on change tout”. Puis à tenter de trouver les facteurs sociaux, économiques, politiques, culturels ou encore sanitaires qui influenceront le choix de l’électeur-consommateur entre ces deux non-choix. Le tout emballé avec mes propres idées. Il paraît que ma conclusion est très politique. Vous me direz… En tous les cas, nous avons connu deux guerres, je ne vois donc pas pourquoi nous ne serions pas (plus) capables de remuer notre société comme nous l’avons déjà fait. Mais c’est une révolution mentale !? Oui ! Et il faut la faire… vite…

216 pages, essai, Armand-Colin, sorti le 11 février 2009.

Plus de poisson à la criée

Plus de poisson à la criée

Bon, d’accord, je suis le troisième de l’année, sorti bon dernier. Et le lecteur qui aura déjà mis 20 euros pour les confrères ne risque pas d’en remettre pour ma pomme. Mais qui sait ? Voudra-t-il peut-être, le gentil lecteur, en cette période de rentrée qui n’a jamais été favorable au pouvoir d’achat, surtout après des JO, du foot et du vélo qui l’ont obligé à acquérir un écran plat géant afin de mieux déceler les traces de piqûres sur les cuisses des dopés, voudra-t-il donc, l’heureux livrophile, un style fort peu caressant pour la gent pêcheuse qui fait rien que vider nos mers et nos océans ? Voudra-t-il savoir pourquoi la fuite en avant, promue par certains (la pêche est un monde d’hommes), nous conduit à une mer peuplée de bâtons de surimi ? Voudra-t-il comprendre en quoi la morue, le thon rouge et l’anchois sont les symboles de nos choix de société aberrants et de notre schizophrénie ? Oui ! Car j’y vais non mollement sur les “solutions” : réseaux de réserves marines, élevages d’herbivores ou offshore et… privatisation des quotas de pêche. C’est en marche, mais on ne le dit pas assez : les fidèles zélateurs de l’économie néolibérale, ont, avec la pêche, l’exemple qui leur manquait, illustrant la théorie de la tragédie des vaines pâtures : la mer se vide, parce qu’elle n’appartient à personne et que le poisson appartient à celui qui l’attrape. “Mieux” gérer la pêche, c’est donc privatiser le poisson. Cruelle révolution philosophique déjà entreprise en Islande et dont on cause au Ministère.

224 pages, essai, Delachaux & Niestlé, sorti le 2 octobre 2008.

Apocalypse à St Pierre

Apocalypse à St Pierre

On travaille sur des sujets écologiquement déprimants, on en n’est pas moins homme. J’ai ma lubie, voilà : Saint-Pierre de la Martinique et sa destruction complète en 1902. En quatre-vingt dix secondes, toute une société qui s’effondre, et qui continue, d’une certaine façon. C’est Claude Rives qui, à la recherche d’un auteur pour faire parler ses images du lieu, me “vendit” auprès de Glénat pour un premier livre sur ce sujet que je ne connaissais pas (Les épaves du volcan, voir en bas de cette page). Sur place, je tombais au sens propre amoureux de Saint-Pierre. Au point d’y revenir pour Géo, National Geographic et Larousse. Ce texte est le plus abouti que j’aie écrit sur la catastrophe. Unité de lieu, de temps, de personnes : ce qui s’est passé tient du théâtre. L’écrire comme un roman sans tomber dans le romanesque a été une vraie gageure (merci Mathilde Majorel, mon éditrice ; merci Claude Quétel, historien directeur de la collection d’avoir confié l’affaire à un non-historien !).

288 pages, récit historique, Larousse, coll. L’histoire comme un roman, 3 octobre 2007. Réédité par France Loisirs en 2009

La nature, combien ça coûte?

La nature, combien ça coûte?

Sujet ardu (je ne connaissais rien avant à l’économie !), commencé il y a six ans dans Géo par un dossier sur l’ivoire, terminé cette année grâce à Philippe Dubois, patron de Delachaux, qui en a compris l’intérêt. À l’heure du Grenelle, pourquoi la nature a-t-elle autant souffert de nous ? Parce qu’elle ne vaut rien en termes économiques. Faut-il alors lui donner un prix pour qu’on y fasse attention ? Sans doute, c’est en tout cas vers cela que l’on va. Assureurs, financiers, ONG, entreprises mettent un peu de vert dans leurs comptes d’exploitation et leurs catalogues. Ce faisant, certains remettent en cause le dogme économique contemporain, tandis que d’autres le consolident. Sans s’en rendre compte, leurs approches nourrissent un réel débat philosophique sur notre rapport à la nature (je suis sûrement plus clair en vidéo, ou en interview). Nombreux passages radios, chez l’ami Denis Cheissoux par exemple (CO2 mon amour, France Inter).

250 pages, enquête, Delachaux & Niestlé, sorti le 27 septembre 2007.

Les voyages du sel

Les voyages du sel

Quel beau sujet ! Le sel, c’est avec l’or et le pétrole, le sucre et le maïs, l’une des facteurs de civilisation de notre histoire. Une formidable aventure humaine qui a démarré au paléolithique. Le sel a fait les États, les princes, les richesses. Il a décidé de la construction de routes et de l’établissement d’impôts. Il a suscité des guerres et des migrations. Il suffit de se pencher pour le trouver et pourtant, il a souvent valu plus que l’or. Selon son dosage, il prolonge la vie, ou hâte la mort : le sel est divin. Un beau sujet, vraiment, réalisé par Thomas Brisebarre. Et un beau passage chez Patrice Gélinet, la voix de 2000 ans d’histoire (France Inter) : écrire permet parfois de rencontrer des gens pour qui on a tout de même de l’admiration.

192 pages, livre illustré, Éditions Kubik, octobre 2006.

La France marine

La France marine

Encore une bonne idée de Claude Rives : faire le tour de la France littorale, pour montrer la France “vue depuis la mer”, ou presque. Je n’ai bien évidemment pas, contrairement à Claude, parcouru nos 5500 km de côte, mais visité des sites et interrogé scientifiques, pêcheurs, protecteurs qui expliquent le fonctionnement du rivage, racontent son évolution, décrivent leur travail. Un vrai reportage, malheureusement un peu abîmé par une maquette paresseuse. C’est à la fois terrestre et sous-marin, c’est une balade scientifique dans des laboratoires et des stations de recherche. C’est donc sûrement indispensable.

160 pages, reportages, National Geographic France, paru en octobre 2003.

Mer Méditerranée, sanctuaires de la vie marine

Mer Méditerranée, sanctuaires de la vie marine

Idem, même punition, pour la Méditerranée. Des centaines de plongée, des dizaines de rencontre “pittoresques” (j’ai laissé ma plume aller où elle voulait) entre Vintimille et Banyuls. La Méditerranée est belle, encore : voyez la réserve intégrale de Banyuls et le parc national de Port-Cros. Vous saviez qu’il y a avait des barracudas en Méditerranée ? Non ? Ah !

160 pages, reportages, Glénat, mai 1999.

Mer Rouge, sanctuaires de la vie marine

Mer Rouge, sanctuaires de la vie marine

Comme la France marine, mais en mer Rouge. La même démarche de “grand” reportage – sur place (merci Glénat), et nettement moins de formalisme : il est des moments où ma plume s’est lâchée. En compagnie de Claude, j’ai parcouru toute l’Égypte, la moitié de la mer Rouge, à terre, en mer, sous la mer. Nous avons barboté dans dix centimètres d’eau, tué des Acanthaster (ces saletés d’étoiles de mer à épines qui bouffent les coraux) et cherché en vain des requins par 50 m de fond. Mais il n’est pas certain que le livre soit encore en vente.

160 pages, reportages, Glénat, paru en novembre 1998.

Les épaves du volcan

Les épaves du volcan

L’un de mes premiers livres, mon premier sur Saint-Pierre (voir plus haut). Parler de la ville anéantie en causant avec ses épaves. Avec 60 m d’eau sur la nuque, ce n’est pas toujours simple. Un livre superbe, malheureusement épuisé. Surtout une sacré aventure… Peut-être le trouverez-vous encore à Saint-Pierre, chez Jacky, maître-plongeur, notre guide parmi les épaves.

142 pages, reportage, Glénat, paru le 17 novembre 1997