Sciences de la vie



Les femmes ont-elles une pomme d'Adam ?

216 pages, encyclopédie/pratique
l'Archipel
Sorti en février 2008



Un CV envoyé, comme cela par hasard, un coup de fil, plusieurs rendez-vous et puis : "pourquoi pas vous ?" Ben oui, Jean-Daniel Belfond, après tout, j'avais dirigé-corrigé-donné mon avis sur des écrits médicaux pour Selection du Reader's Digest. Tout de même, un livre sur les idées reçues du corps humain ! Mon esprit rationnel m'ordonnait, comme d'habitude, de dire non. J'ai donc dit oui, me rassurant en pensant que j'étais réanimateur et ex-infirmier militaire (rires). Et que j'allais sûrement m'amuser, ce qui fut le cas. Ce n'est pas tous les jours en effet que l'on peut écrire sur la création d'un pénis à partir du clitoris…
Adam

Extraits :
"On se sent bien, on reprend un verre. Hélas ! très vite, l’hypothalamus ne se laisse plus leurrer par les mauvaises informations provenant de ses capteurs de température cutanés. Il reprend le contrôle. Les artérioles sont de nouveau réduites en diamètre, provoquant une sensation de froid brutale qui perdurera car les calories de l’organisme ont été perdues au niveau de la peau, à cause de l’alcool. Le corps s’est refroidi sans qu’on s’en soit rendu compte. Le retour à la réalité, commandé par l’hypothalamus, est sévère. À moins de manger tout en buvant, il faudra longtemps frissonner avant de retrouver une température corporelle normale."

"Toutes ces observations donnent à penser que le cerveau est abusé. En effet, la sensation d’un membre est renforcée par sa vision, qui affine ses contrôles moteurs. Privé de la vision du membre auquel il est néanmoins connecté, le cerveau compenserait en sollicitant plus intensément les nerfs du moignon, afin de susciter la représentation spatiale du membre absent. Sachant que la douleur est plus vivement éprouvée quand on sollicite électriquement le moignon, cette hypothèse a un temps prévalu. Elle est pourtant fausse."

"Si les eunuques peuvent faire l’amour, pourquoi leur a-t-on confié la surveillance des femmes dans les harems ? Pour une grande part, sans doute, par ignorance de leurs capacités physiologiques. Les femmes qu’ils gardaient se sont bien abstenues de corriger la légende, profitant d’hommes qui, selon quelques rares témoignages, maintenaient leur érection plus longtemps que les autres. D’autre part, les eunuques avaient, dans la plupart des cultures qui pratiquaient l’émasculation, un statut social très élevé, parfois proche du sacré. Comment imaginer que des hommes à part fussent capables de faire l’amour !"

"La transformation d’un homme en femme explore des techniques différentes. Il s’agit d’« inverser » le pénis en vagin et clitoris. Vidé de ses corps caverneux, le pénis est coupé, retourné comme un gant puis implanté dans une fente. Le gland sert ensuite de clitoris. Des petites lèvres sont créées. Si les terminaisons nerveuses ont pu être maintenues en état, le vagin et le clitoris formés seront sensibles. L’ex-homme urinera comme une femme."

"Ainsi, quand on rêve, des zones du cerveau s’affrontent à coups de neurotransmetteurs. En revanche, on ignore pourquoi l’on perçoit des images en rêve… Même si on semble s’approcher d’un début de réponse : des patients au crâne bardé d’électrodes, plongés en plein rêve, ont révélé une activité particulière dans des zones de leur cortex dévolues à certaines tâches, dont, justement, ces sujets ont ensuite déclaré avoir rêvé. Chez ceux qui s’étaient vus portant une valise, par exemple, c’est la zone du cerveau impliquée dans la préhension qui avait été activée…"

"Pour accomplir ce « miracle », le bon docteur avait inventé un appareil, une sorte de réfrigérateur dans lequel la température de la tête fraîchement décollée pouvait être rapidement abaissée de 37 °C à 10 °C. Le métabolisme du cerveau se trouvant ainsi considérablement ralenti, l’oxy - gène du sang resté dans le cerveau après la décapitation pouvait donc suffire à le préserver une heure environ. Bien que le docteur White ait affirmé qu’il pensait réalisable une greffe de tête humaine, l’expérience n’a fort logiquement jamais été tentée."

"Un moyen alternatif de restaurer la vue des aveugles consiste à réparer la partie lésée ou déficiente du globe oculaire. Début 2007, une équipe britannique a tenté, pour la première fois, une thérapie génique des yeux mise au point un an auparavant par une équipe française. Cette technique complexe consiste à injecter dans l’humeur vitrée un gène, le RPE65, dont la mutation est considérée comme responsable d’une forme de l’amaurose congénitale de Leber. Dans cette maladie, qui conduit à la cécité, les cônes et les bâtonnets (les cellules responsables de la vision sur la rétine) communiquent mal ou plus du tout avec le tissu sous-jacent de la rétine. Le signal chimique fabriqué par les cellules pigmentaires est traduit dans ce tissu en signal électrique compréhensible par le cerveau. Après l’injection, le gène se pose sur la rétine où, en principe, il doit s’exprimer."

"Comme chez les grands singes, dont nous sommes, le bâillement serait un acte social permettant de jauger l’empathie à l’égard des autres. Les primates ont pour caractéristique évolutive dominante la capacité à s’exprimer par les mimiques faciales. Le bâillement doit donc être considéré comme un signe avertissant d’un changement d’émotion, diversement interprétable : l’autre peut se mettre lui même en situation de vigilance en bâillant à son tour, ou, au contraire, se contenir en signe de méfiance. L’absence de bâillement serait alors le signe d’un manque d’empathie ou d’une grande méfiance vis-à-vis de ses congénères. À l’inverse, bâiller en groupe pourrait être interprété comme un moyen de mettre l’ensemble du groupe en état de vigilance. Cette stratégie sociale de survie viendrait donc de la nuit des temps…"